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Publié : 8 juin

Voyage : Visite de trois sites marquants de la mémoire franco-allemande

Lors du week-end de l’Ascension (mercredi 25 au lundi 30 mai 2022), quatre élèves de 1ère et Terminale du lycée, ainsi que deux frère et sœur des premiers – scolarisés au collège Saint Louis de Louviers et au Lycée Marc Bloch de Val-de-Reuil – , ont participé à un voyage d’étude sur une sélection de sites de mémoire franco-allemands dans le sud de la France.

Ils étaient accompagnés, outre leur / un professeur d’allemand (Frédéric Planchais), de membres du Comité de jumelage Louviers Holzwickede, dont son président, André Meheux, et une ancienne documentaliste du lycée, Christine Morainville.

Le thème n’était pas complètement inconnu de nos jeunes, pour l’avoir abordé en cours d’histoire et de langue vivante (’’Histoire, terroir, mémoire’’). Ils connaissaient les conflits jalonnant l’histoire commune de nos deux pays depuis la guerre franco-prussienne de 1870, et cependant, les lieux visités ont permis un éclairage singulièrement nouveau sur la question.

En amont, la visite de quelques sites remarquables situés près de chez eux, tels le monument aux morts édifié à la mémoire des victimes des deux conflits sanguinaires du XXè siècle situé sur leur commune, celui de la ville de Louviers (Square Albert 1er), celui d’Acquigny lors de la commémo-ration de l’armistice du 8 mai dernier, ou le château d’Acquigny – où nous fûmes reçus par son propriétaire nous racontant, assis à l’ombre du mur extérieur, son auditoire debout en arc de cercle autour de lui, que, lors de l’occupation du domaine par les Allemands pendant la guerre, le gamin qu’il était alors leur avait donné de fausses informations sur le crash d’un avion allié à proximité –, leur avait permis d’aborder le volet local du sujet.

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Le deuxième volet nous fit découvrir trois sites captivants :

Partis de Val-de-Reuil, nous prîmes le train depuis la gare de Lyon pour Mâcon (Saône-et-Loire), où nous fîmes la connaissance de nos homologues allemands, une demi-douzaine d’adultes du Comité de Jumelage et autant de lycéens, arrivés en car depuis le pays rhénan. La route se poursuivit à bord du car allemand, manœuvré par un chauffeur portugais parlant fort passablement le français, langue qu’à ses dires, il avait cessé de pratiquer depuis la fin de sa scolarité et dont le niveau nous épata.

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Le premier site visité fut la commune de Dieulefit (département de la Drôme, à une vingtaine de kilomètres de Montélimar)

Dieulefit compte actuellement environ 3000 âmes. Peut-être moins connue que Le-Chambon-sur-Lignon (Auvergne), dont les habitants se sont vu décerner collectivement par le gouvernement israélien un diplôme d’honneur pour avoir aidé de nombreux juifs durant l’occupation allemande, Dieulefit est également une terre d’accueil, d’abord pour les protestants suite à la révocation de l’Édit de Nantes ; puis pour les réfugiés fuyant l’Espagne franquiste ; enfin pour l’engagement de ses citoyen(ne)s en faveur des juifs qu’ils protégèrent et / ou aidèrent à fuir. Certains d’entre eux ont été élevés au rang de Justes parmi les Nations. Aragon, Elsa Triolet, René Char, l’artiste peintre Claire Bertrand, le sculpteur Étienne-Martin ont séjourné à Dieulefit.

monument érigé en hommage aux habitants de la commune.

La maxime est du poète Pierre Emmanuel, qui trouva refuge à Dieulefit pendant les années que nous évoquions. La frise des hommes et femmes du monde qui court le long de l’hémicycle symbolise l’humanité dans sa diversité.

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Sanary-sur-Mer, notre deuxième étape, est une ville portuaire situé près de Toulon (Var), ou de nombreux artistes allemands et autrichiens fuyant le nazisme ont élu domicile.

Un petit coin de Paradis pour ces intellectuels et écrivains dont les noms évoqueront chez les germanistes – mais pas seulement – des souvenirs d’école et / ou des expériences littéraires de premier ordre.
On peut lire sur une plaque les noms de Brecht, l’auteur de Mère Courage et de La vie de Galilée, de la famille Mann quasiment au complet, avec son patriarche Thomas, auteur de La Montagne magique, celui de Stefan Zweig, l’auteur de Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, qui mit fin à ses jours en 1942 en son exil brésilien de Barbacena, celui également d’Erich Maria Remarque, l’auteur d’À l’Ouest rien de nouveau

Notre guide, une Allemande d’un certain âge très alerte et intarissable, qui vit depuis 50 ans en France, fut absolument épatante. Appareillée d’un micro fixe, elle nous tint en haleine pendant deux heures sous le soleil de / du midi.

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Remontant vers le nord, nous avons visité un site époustouflant : une ancienne briqueterie ou furent détenus, durant les années 1939-42, des résistants et étrangers de tous pays, avant d’être déportés en Allemagne.

Le camp des Milles, situé près d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) est le seul sur les quelque 240 camps français existant à l’époque à être conservé aujourd’hui. Après la guerre, il redevint une briqueterie, faisant table rase du passé. Ce n’est qu’en 2012 qu’il devint ce site remarquable qu’on peut découvrir aujourd’hui, à la fois musée et mémorial.

Une exposition permanente nous retrace la montée du nazisme, les années de guerre, la vie artistique et culturelle avec ses fresques réalisées par des artistes, ses concerts, ses soirées cabarets qui émaillaient la vie du camp et faisaient oublier, quelques heures durant, la dureté des conditions de vie dans cette prison sombre, humide, à l’hygiène déplorable, où hommes, femmes et enfants couchaient sur de la paille jetée à même le sol, et le destin de personnages aussi remarquables que le journaliste new-yorkais Varian Fry, qui, avec la complicité d’Eleanor Roosevelt, la première dame des États-unis, réussi à exfiltrer des milliers de juifs par le port de Marseille. L’artiste surréaliste allemand Max Ernst y séjourna, l’écrivain Lion Feuchtwanger également, dont l’ouvrage autobiographique Le Diable en France (Der Teufel in Frankreich) retrace ses années de détention.

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Un séjour captivant, riche en rencontres franco-allemandes, riche aussi de contacts intergénérationnels, cinq nuits dans des hôtels cossus, cinq dîners dans les dits-hôtels ou restaurants réservés par les organisateurs allemands qui avaient fait imprimer les menus quotidiens, remis à la mi-journée à chaque voyageur sur papier fort et en couleur.. Nous pûmes en outre visiter Toulon, Aix (une heure pour trouver des calissons), Avignon, pour rentrer, ébloui(e)s et ravi(e)s, le lundi 3 mai avant midi et reprendre les cours à 14h, fraîches et frais comme au premier jour..