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Publié : 4 février 2016

Rencontre avec Anna Steinbach

Les élèves de l’Atelier Cinéma ont filmé la rencontre (DVD bientôt disponible au CDI), deux groupes de germanistes (Première STI2D / STMG et Terminale L) emmenés par M. Rousselin et les élèves de la Première STMG 1 ont pu voir, réagir au film et interroger sa réalisatrice.

Une cinquantaine d’élèves, vendredi 22 janvier 2016, ont pu voir un film d’Anna Steinbach à la Médiathèque, grâce aux bons soins de Fabien Van Loyen, mais aussi dialoguer avec la réalisatrice qui fut aussi généreuse dans les échanges qu’elle peut l’être en filmant des proches ou des rencontres.

C’est par ce joli néologisme que cette femme de cinéma caractérise sa passion pour le documentaire : des images qui ne soient pas fausses à force d’être préparées et qui nous permettent de saisir les mots et l’esprit des gens qu’elle filme.
L’expérience de grands tournages de fiction a confirmé que la voie du film « du réel » était la sienne : à travers son (ses) Travelling (2007), elle parcourt l’Europe et quelques-uns de ses exils, de ses migrations. Et cela, via le prisme allemand, pour elle qui partit de RDA dès la chute du Mur, en un temps où l’on ne pensait pas forcément que cette ouverture serait un point de non-retour.

Un film de voyages, un film de travellings

Voici la manière dont Anna Steinbach présente son film :
Travelling est un voyage sans fin donnant la parole à trois personnes déracinées dans un brassage des langues française, allemande et russe. Ces trois personnes représentent trois générations différentes, chacune évocatrice d’un exil spécifique et relevant d’un contexte historique précis. Hélène Balabina, une vieille femme de 82 ans, raconte sa déportation en 1941 sur l’ordre de Staline, son départ du village natal en Ukraine, son existence au Kazakhstan. Richard Steinbach (mon père), 65 ans, évoque son arrivée d’URSS en Allemagne (RDA) en 1959, dans un contexte de rassemblement familial. L’auteur (36 ans), partie de Berlin en 1994 et installée depuis en France, mêle sa voix aux leurs et se veut la passeuse d’un déplacement qui la concerne, au travers d’une intimité partagée de l’exil, dans ses causes et dans ses effets. Cela veut-il dire quelque chose, d’être un étranger ? Et qu’en reste-t-il, à part le mode d’emploi d’une seconde patrie, le récit des difficultés d’une adoption, entre accueil et rejet.

TRAVELLING, 2007, 53 minutes.
Extrait du film : https://www.youtube.com/watch?v=bXwGPzTtwfo
AUTEUR(S)-RÉALISATEUR(S) : Anna Sabine Steinbach
IMAGE : Anna Sabine Steinbach
SON : Anna Sabine Steinbach
MONTAGE : Marie Tavernier
PRODUCTION / DIFFUSION : Les Productions de la Lanterne, TV câble Rosny-sous-Bois

Le père d’Anna Steinbach, un homme qui prend la parole sur le tard grâce à sa fille

Les élèves germanistes ont effectué des recherches permettant de mieux comprendre le(s) contexte(s) de ces déplacements et migrations, de ces histoires inscrites dans ce que l’on nomme la grande Histoire :
Des Allemands en Ukraine et au Kazakhstan ? Un rappel historique s’impose...
Entre la fin du 18eme siècle et le début du 20ème, l’empire russe s’est étendu vers le sud, vers la mer noire et l’actuelle Ukraine au gré de victoires contre l’empire Ottoman et les Tatars. Or, il n’y avait pas suffisamment de Russes pour coloniser cette "nouvelle Russie". La Tsarine Catherine, elle-même allemande, a ainsi incité des paysans pauvres du sud de la Prusse et la minorité protestante de Bavière (majoritairement catholique) à venir s’y installer pour y développer l’agriculture, leur offrant lopin de terre et asile (On trouve aussi des Alsaciens !). Cette population dans un premier temps acceptée est devenue suspecte, et, dès les années 1920, victime de persécutions par la Russie stalinienne. Cela n’a fait que s’intensifier après l’invasion de l’Union Soviétique par l’armée nazie. Selon la ligne de front, certains ont été enrôlé côté allemand, d’autres déportés plus à l’est, au Kazakhstan, constituant "l’armée du travail", détenus en camps et exploités. Beaucoup n’en revinrent pas...
Malgré cette histoire douloureuse, la russification forcée, la déportation, ces "Allemands de la mer noire" ont conservé jusqu’à aujourd’hui leur identité et la pratique de la langue allemande, loin de la terre de leurs ancêtres. D’autres, depuis 1900, ont fait le choix du retour en Allemagne.